
jeudi 25 juin 2009
Yves Glotin - Professeur Diplômé d'Etat

mercredi 17 juin 2009
Nouveau : cours de Taiso au Budokan
mardi 16 juin 2009
Nouveau : cours de Ju jitsu au Budokan
mardi 2 juin 2009
Taï sabaki par le Professeur Kyuso Mifune
Conseils pour apprendre le JUDO et l’art du “TAI SABAKI”
Ceux qui apprennent le Judo, ne doivent pas seulement entraîner leur corps, mais aussi cultiver leur esprit, à travers la pratique de cet art de self-défense.
En bref, ils doivent comprendre par leur propre expérience que le Judo est à la fois un principe moral et technique.
Je vais maintenant vous donner quelques vue qui peuvent être utiles pour apprendre le Judo. Vous ne devez pas être paresseux, fier, avide, préoccupé, ou distrait ; en d’autres termes, vous devez être sincère. Ceci est le “kokoro-e” ou l’essence du Judo.
Le mot japonais “kokoro-e” signifie littéralement “obtenir l’esprit”, c’est-à-dire, cultiver et conserver l’esprit qui n’est jamais troublé même dans un cas d’urgence. Ceci peut paraître personnel, mais cette vertu peut à la longue affecter le pays d’un homme qui la possède ou ne la possède pas. “kokoro” qui, en japonais, signifie l’esprit ou le centre, est le plus important dans tous les cas. Il existe naturellement et n’est pas “fabriqué” par l’homme. Il repose au centre, la place la plus importante. Le centre est l’endroit où le “kokoro” demeure. “kokoro” par conséquent est le centre. Chaque chose a son centre. Sans “kokoro” les choses n’existent pas.
Les choses sont “utsuwa” ou vaisseaux, réceptacle dans lequel “kokoro” est déposé. Quelquefois, l’humain est appelé “utsuwa” parce qu’il a un esprit en lui.
“kokoro” ne se voit pas, mais apparaît sous la forme de réceptacles. “kokoro” ou le centre des choses est “michi” qui signifie “route, chemin” ou “méthode”. “Michi” apparaît sous la forme de “Jutsu”, l’art ou la technique.
Si vous suivez “Michi” et si vous raffinez, polissez votre “Jutsu”, le processus est tout à fait naturel et de grands résultats sont obtenus. “Jutsu” et “Michi” marchent ensemble, c’est la loi de la nature.
Pour être sincère dans la vie humaine, l’on doit remplir les conditions dans tous les cas. Si l’art du Judo est pratiqué en tenant compte de ces principes de sincérité, le Judo ne pourra jamais être galvaudé. Au contraire, si vous êtes esclave de votre émotion, et faites un mauvais usage du Judo, vous serez accusé par le public et conséquemment vous disgracierez le Judo.
C’est pourquoi les “conducteurs” du Judo, disent toujours “Etre fort dans la technique du Judo n’est pas suffisant”. Si la force est valable en Judo, c’est parce que la force est basée sur la sincérité.
Les principales connaissances, que nous pouvons acquérir par l’emploi de nos yeux et de nos oreilles, ne descendent pas profond dans notre caractère. La véritable compréhension est acquise seulement par la pratique. Les mots qui parlent à travers l’expérience ont de la valeur. C’est pourquoi les paroles de Miyamoto Musashi sont encore vivantes dans notre génération. “Par la pratique du Judo, l’homme peut trouver sa vérité propre”.
Je vais maintenant dire quelques mots sur les techniques du Judo en insistant plus particulièrement sur “tai sabaki” qui est le “fondamental” pour toutes les techniques. Les gens pensent généralement que “tai sabaki” signifie simplement “conduire le corps” mais à mon avis, je pense que “tai sabaki” est un art consommé en lui-même.
“Tai sabaki” est le mouvement fondamental pour marcher en avant, en arrière, etc., et qui conserve notre corps tout entier en état d’équilibre. Vous devez devenir maître de cet équilibre par une pratique constante, et en faire usage si nécessaire. “Tai sabaki” est tout ce qu’il y a de plus naturel, par conséquent, un mouvement tout à fait ordinaire, mais en lui repose le secret du Judo. Si vous travaillez dur pour mouvoir votre corps avec rapidité, vous serez capable de d’étourner les dangers et capable aussi de prendre l’initiative à la fois dans l’attaque et dans la défense. “Tai sabaki” ne doit jamais être ignoré.
Du point de vue de l’application scientifique des principes du Judo, le Judo peut être appelé l’art du “hen-o” ou du meilleur mouvement à chaque instant.
Il est important de posséder ceci à l’esprit. “Hen-o” est l’état mobile de l’esprit lorsque l’ennemi est prés. `Si vous manquez d’attention, vous serez sûrement battu. “Faites toujours face à votre ennemi, mais ne faites jamais face à son attaque” Ceci est le “hen”. Si vous n’êtes pas très vigilant, votre technique ne pourra être exécutée avec succés.
Attaquez sans faiblir lorsque vous avez noté le moment pendant lequel n’est plus sur ses gardes. Ceci est le “o”. Dans le cas où des ennemis vous environnent de toutes parts, observez celui qui est le plus près, et exécutez sur lui aussitôt l’art qui vous est propre. Ce “hen” et ce “o”, cependant, ne sont pas des techniques séparées. La position de “hen” se change en un insstant en celle de “o”. Les deux mouvements sont inséparables et se répètent sans intervalle
L’on doit dire que cet art du “hen-o” est une variation ou une application du “tai sabaki” mentionné plus haut. De façon à obtenir la victoire, toute personne doit choisir la meilleure méthode.
Judo signifie employer la force de la pensée et du corps de la façon la plus efficace. Il a l’intention d’avoir le maximum d’effet par le minimum de force ; en d’autres termes, nous pouvons dire : Judo, c’est avoir une grande réserve de force.
Quant notre propre force est fixée à un point, elle doit être aussi ferme que le roc et quand un mouvement est “porté”, il doit être aussi rapide que le vent ; si l’attaque de votre adversaire est rude, vous la recevez mollement, et si un autre se déplace légèrement, vous le traitez avec la même légèreté. Ainsi, vous vous adaptez à l’adversaire mais en le contrôlant en réalité.
L’art du “tai sabaki” est toujours nécessaire, non seulement en apprenant le Judo mais aussi dans notre vie. C’est la première et la dernière marche du Judo.
Interview Professeur Minoru Mochizuki
Alors que j’avais terminé mon rapport, Kano Sensei me posa la question suivante : “Comment comprends-tu le caractère JU dans JUDO ?” Je répondis qu’il signifiait “flexible” ou “souple”. Il me questionna encore. “Tu crois pouvoir pratiquer le JUDO en étant seulement flexible ou souple ?” Là, il me tenait. Bien sûr, en étant seulement souple on était certain de perdre à chaque fois.
Le professeur continua : “Ce que tu fais n’est pas du JUDO, c’est du GODO (voie de la dureté) et ça ne va pas du tout. Dans la flexibilité il y a de la rigidité et réciproquement. Le JU JUTSU est la méthode qui permet de contrôler ce que nous appelons dureté ou souplesse en intégrant ensemble ces deux concepts.” A l’époque je n’étais qu’un gamin de vingt et un an et j’écoutais, croyant comprendre ce qu’on me disait et pourtant je ne comprenais rien. Bien que “JU” soit une notion très rationnelle, c’est aussi un concept intellectuel très difficile.
Kano sensei fut invité par l’amiral Isamu Takeshita à une démonstration donnée par Ueshiba Sensei. Il fut très impressionné et demanda à Maître Ueshiba de bien vouloir accepter d’entraîner quelques-uns des élèves qu’il souhaitait lui envoyer. C’est ainsi que je fus désigné.
J’ai tout d’abord pensé qu’il s’agissait d’une activité de plus à mon emploi du temps déjà très chargé. Kano Sensei nous avait dits : “L’autre jour j’ai eu la chance de me rendre compte par moi-même du niveau technique d’un professeur de JU JUTSU du nom de Ueshiba. Son exécution des mouvements est merveilleuse. J’ai eu l’impression de découvrir les véritables principes du JUDO. J’aimerai bien que Ueshiba Sensei vienne enseigner ici au Kodokan, mais c’est un Maître célèbre à part entière et c’est impossible. C’est pourquoi je me suis arrangé pour envoyer quelques-uns de nos élèves étudier avec lui.”
Kano Sensei et Ueshiba Sensei insistaient tous deux sur le fait que les arts martiaux ne devaient pas devenir des sortes de jeux. Si l’AIKIDO et le JUDO deviennent un jour parti intégrant du monde des sports, ils seront certainement détournés de leur fonction initiale et deviendront des sortes de jeux qui généreront des vainqueurs et des vaincus, des forts et des faibles. Leur intérêt comme méthode de formation spirituelle et de développement harmonieux de la personnalité disparaîtra. Ce sera l’extinction des arts martiaux. C’est très satisfaisant de voir que les arts martiaux japonais s’étendent au monde entier mais il ne faut qu’ils soient pervertis par l’esprit de compétition et de jeu.
Ueshiba Sensei et Kano sensei avaient en commun le concept de wa no seishin (esprit d’harmonie). Cela impliquait un développement simultané de soi et l’autre, vous et votre partenaire faisant ensemble des progrès. En matière de sports cependant, la situation est très différente. Il faut écraser son adversaire et apparaître comme le seul vainqueur. C’est le principe des sports de compétition et ça ne marchera jamais.
Conférence Professeur Jigoro Kano
Discours prononcé à l'Université de Californie en 1932
Par le Professeur Jigoro Kano, Shihan
Professeur honoraire de l'Ecole Normale Supérieure
et membre de la Chambre des Pairs du Japon
Président du KODOKAN
(institution pour l'étude et la pratique du Judo).
Premier fondateur du Judo et du KODOKAN
Président honoraire de l'Association Athlétique d'Amateurs du Japon
(fondateur et ancien président)
Voici un exemple : supposons que nous nous promenions le long d'une route de montagne, avec un précipice sur le côté et que cet homme ait subitement sauté sur moi en essayant de me jeter dans le précipice. En pareil cas, je ne pourrais pas éviter d'être jeté dans l'abîme si j'essaie de lui résister. Mais au contraire, si je lui cède en faisant tourner mon corps et en tirant mon adversaire vers le précipice, je peux facilement le jeter par-dessus bord et en même temps poser mon corps au sol. Je pourrais multiplier ces exemples à l'infini, mais je pense que ceux que j'ai donnés seront suffisants pour vous permettre de comprendre comment je peux battre un adversaire en cédant, et comme il y a dans le Ju-Jutsu un très grand nombre de cas dans lesquels le principe est appliqué ; le nom de Ju-Jutsu (c'est à dire l'art de la souplesse ou l'art de céder) est devenu le nom de cet art tout entier.
Mais à parler rigoureusement, le véritable Ju-Jutsu est quelque chose de plus. Les moyens de gagner la victoire sur un adversaire par le Ju-Jutsu ne consiste pas uniquement à obtenir la victoire en cédant d'abord. Quelquefois nous frappons, nous donnons des coups de pied, nous étranglons l'adversaire et ce sont là des formes différentes d'action positive opposées à l'art de céder. Quelquefois l'adversaire se saisit de mon poing. Comment puis-je me libérer sans user de ma force contre la prise de mon adversaire ? On peut dire la même chose lorsque quelqu'un me saisit par derrière. Si donc le procédé qui consiste à céder ne peut pas expliquer toutes les méthodes dans le combat de Ju-Jutsu, y a-t-il un principe s'applique réellement à tous les cas ? Oui, il y en a un : c'est le principe de l'efficacité maximale dans l'usage de l'esprit et du corps et le Ju-Jutsu n'est pas autre chose qu'une application de ce principe tout à fait général à l'attaque et à la défense.
Ce principe peut-il s'appliquer dans d'autres champs de l'activité humaine ? Oui, le même principe peut s'appliquer à l'amélioration du corps, servir à le rendre fort, sain et utile, c'est ce qui constitue l'Education Physique. Il peut aussi être appliqué au développement de la force intellectuelle et morale. Il peut également être appliqué à l'amélioration du régime de nourriture, du vêtement, de l'habitation, de la vie de société, de l'activité, d'affaires et ce qui constitue l'étude et l'entraînement concernant la manière de vivre. J'ai donné à ce principe d'une absolue généralité le nom de Judo.Ainsi le Judo, au sens large est une étude, un procédé d'entraînement applicable à l'esprit et au corps aussi bien en ce qui concerne la direction de la vie et des affaires.
Le Judo sous un de ses aspects, peut être étudié et pratiqué avec l'attaque et la défense pour objet. Avant que j'eus fondé le KODOKAN, cette application du Judo à l'attaque et à la défense était seule étudiée et pratiquée au Japon sous le nom de Ju-Jutsu. On l'appelait quelquefois Taï-jutsu, ce qui signifie l'art de dirigé le corps ou Yawara, la direction souple. Mais j'acquis la conviction que l'étude du principe, dans toute sa généralité, est plus importante que la simple pratique du Ju-Jutsu, parce que la réelle intelligence de ce principe ne nous permet pas seulement de l'appliquer à tous les aspects de la vie, mais nous rend encore de grands services dans l'étude de l'art du Ju-Jutsu lui-même. Ce n'est pas seulement par le procédé que j'ai suivi que l'on peut réussir à saisir ce principe. On peut arriver à la même conclusion par une interprétation philosophique des opérations quotidiennes en affaires ou par un raisonnement philosophique abstrait.
Cependant, quand j'ai commencé à enseigner, je pensais qu'il convenait de suivre la même route que j'avais prise moi-même dans l'étude du sujet, parce qu'en procédant ainsi je pouvais rendre le corps de mon élève sain, fort et utile. En même temps, je pouvais l'aider peu à peu à saisir le principe lui-même dans toute son importance.
C'est pourquoi, j'ai commencé l'enseignement du Judo par les exercices du Randori et du Kata. Le Randori, mot qui signifie "libre exercice", se pratique dans les conditions d'un duel réel. Il comprend les actes de jeter par terre, d'étouffer, de maintenir l'adversaire par terre, de courber ou de tordre ses bras ou ses jambes. Les deux combattants peuvent se servir de n'importe quel procédé, pourvu qu'ils ne se blessent pas l'un l'autre et qu'ils respectent les règles du Judo en manière d'étiquette.
Le Kata, mot qui signifie littéralement "forme" est un système formel d'exercices combinés d'avance, y compris les actes de frapper, de trancher, de donner des coups de pieds, de percer, etc... Selon les règles en vertu desquelles chaque combattant sait d'avance exactement ce que son adversaire va faire. L'entraînement aux actes de frapper, de donner des coups de pieds, de trancher, de percer est enseigné en Kata et non en Randori, parce que si on en usait en Randori, il pourrait se produire fréquemment des blessures, tandis que lorsqu'il est enseigné en Kata, il ne peut se produire aucune blessure parce que toutes les attaques et les défenses sont arrangées d'avance.
Il y a une autre forme que j'ai appelée "forme de l'attaque et la défense". Dans celle-ci j'ai combiné différentes formes d'attaque et de défense de manière telle que le résultat conduira à l'harmonieux développement du corps tout entier. Les méthodes ordinaires d'attaque et de défense enseignées dans le Ju-Jutsu ne peuvent être considérées comme idéales pour le développement du corps. Je les ai donc spécialement combinées de façon à ce qu'elles remplissent les conditions nécessaires pour le développement harmonieux du corps. J'obtiens ainsi deux résultats :
1) Le développement du corps
2) L'entraînement dans l'art du duel.
Comme toute nation doit songer à sa propre défense, tout individu doit savoir comment se défendre. En cet âge de lumière, personne ne doit se soucier de se préparer soit à une agression nationale, soit à l'exercice de la violence contre autrui. Mais la défense dans l'intérêt de la justice et l'humanité, ne doit jamais être négligée ni par une action, ni par un individu. Cette méthode de l'éducation physique sous la forme de l'attaque et de la défense, je vais vous montrer ce qu'elle est dans sa pratique réelle. Elle se divise en deux sortes d'exercices : d'un côté, les exercices individuels et de l'autre les exercices avec un partenaire. D'après ce que j'ai expliqué et montré par la pratique, vous avez certainement compris ce que j'entends par l'éducation physique fondée sur le principe de l'efficacité maximum. Quoi que je soutienne avec force que l'éducation de toute une nation doit se fonder sur ce principe, je n'entends pas diminuer pour autant le mérite de l'athlétisme ou des diverses sortes d'exercice militaires. Quoiqu'on ne puisse pas les considérer comme convenant à l'éducation physique de toute une nation, néanmoins en tant que culture d'un groupe ou de certains groupes de personnes, ils ont leur valeur spéciale et je ne veux en aucune manière les décourager.
Un grand mérite du Randori se trouve dans l'abondance des mouvements qui sont bons pour le développement physique. Un autre mérite est que tout mouvement a un objet et se trouve exécuté avec entrain, tandis que dans la gymnastique ordinaire les mouvements d'exercice manquent d'intérêt. L'objet d'un entraînement physique systématique dans le Judo n'est pas seulement de développer le corps, mais de rendre un homme ou une femme capable d'exercer un contrôle parfait sur son esprit et sur son corps et de les rendre prêts à faire face à n'importe quelle circonstance, qu'il s'agisse d'un simple accident ou d'une attaque commise par autrui.
Quoique les exercices de Judo soient généralement effectués par deux personnes, à la fois en Kata et en Randori, et dans une salle spécialement préparée à cet effet, cependant ce n'est pas absolument nécessaire. Ils peuvent être pratiqués par un groupe ou par une personne, sur un terrain de jeu ou dans une salle ordinaire. On imagine que la chute dans le Randori est accompagnée de souffrance et quelquefois de danger. Mais une courte explication de la manière dont on vous apprend à tomber, vous permettra de comprendre qu'il n'y a ni souffrance, ni danger.
Je vous parlerai maintenant de l'aspect intellectuel du Judo. L'entraînement mental en Judo peut être réalisé par la méthode Kata ou la méthode Randori, mais plutôt par la seconde. Comme le Randori est un exercice entre deux personnes qui se servent de toutes les ressources dont elles disposent et qui obéissent aux règles du Judo, les deux partenaires doivent toujours être en état d'alerte et chercher à découvrir les points faibles de l'adversaire en se tenant prêt à attaquer dès que l'occasion le permet. Une telle attitude d'esprit dans la recherche des moyens d'attaque tend à rendre l'élève attentif et franc, prudent et réfléchi dans toutes ses actions. En même temps, il est entraîné à prendre des décisions rapides ou si l'on n'agit pas promptement, on perdra toujours l'occasion soit dans l'attaque, soit dans la défense.
En outre, dans le Randori, chaque partenaire ne peut pas dire ce que son adversaire va faire, de sorte que chacun doit toujours être prêt à parer n'importe quelle attaque brusque, tentée par l'autre. Habitué à cette attitude mentale, l'homme acquiert un haut degré de maîtrise de soi. L'exercice du pouvoir d'attention et d'observation dans la salle d'entraînement développe naturellement ce pouvoir qui est si utile dans la vie quotidienne. Pour trouver les moyens de battre un adversaire, l'exercice des facultés d'imagination, de raisonnement de sensation et de jugement est indispensable et ces facultés se développent naturellement dans le Randori. En outre, comme l'étude du Randori est l'étude des relations qui existent entre deux adversaires rivaux, on peut tirer de cette étude des centaines de leçons utiles. Je me contenterai, pour le moment, de donner encore quelques exemples : dans le Randori, nous apprenons à l'élève à agir toujours selon le principe fondamental Judo, sans qu'il ait à considérer combien son adversaire peut lui sembler physiquement inférieur ou même s'il peut facilement par la simple force, triompher de l'autre. S'il agit contre ce principe, l'adversaire ne sera pas convaincu de sa défaite, quelle qu'ait été la force brutale qu'on ait employée contre lui. Il est à peine nécessaire d'attirer votre attention sur le fait que le moyen de convaincre votre adversaire dans un argument n'est pas de remporter tel ou tel avantage sur lui en vertu de la puissance du savoir ou de la richesse, mais de le persuader en appliquant des règles invariables de logique. Cet enseignement que la persuasion et non la coercition est efficace - enseignement d'une si grande valeur dans la vie réelle -nous pouvons l'apprendre dans le Randori.
En outre, nous apprenons à notre disciple, quand il a recours à un procédé pour venir à bout de son adversaire, à n'employer juste que la quantité de sa force qui est absolument nécessaire pour l'objet en question et nous le mettons en garde contre l'emploi de trop ou trop peu de force. Il y a grand nombre de cas dans lequel les gens échouent dans leur entreprise, simplement parce qu'ils vont trop loin, ne sachant où s'arrêter et vice-versa. Pour prendre encore un autre exemple, dans le Randori, nous enseignons à notre disciple, quand il se trouve en face d'un adversaire qui est follement excité, à gagner la victoire non pas en résistant directement à l'adversaire par la force et par la violence mais en l'amusant jusqu'à ce que son énergie même se soit dépensée.
L'utilité de cette attitude dans les transactions quotidiennes est évidente. Comme on le sait, il n'y a pas de raisonnement qui puisse nous être utile quand nous sommes en face d'une personne tellement agitée qu'elle a perdu le contrôle d'elle-même. Tout ce que nous avons à faire en pareil cas est d'attendre jusqu'à ce que sa passion se soit épuisée d'elle-même. Tout cela, nous l'apprenons dans la pratique du Randori. L'application de ses règles à la conduite des affaires quotidiennes est un sujet d'études très intéressant et a du prix comme entraînement intellectuel pour de jeunes esprits.
J'achèverai mon développement sur l'aspect intellectuel du Judo en parlant brièvement des moyens rationnels d'augmenter la connaissance et la puissance intellectuelle. Si nous observons avec soin l'état actuel des choses dans la société, nous constatons partout la manière dont nous dépensons sottement des occasions d'obtenir des connaissances utiles et pourtant est-ce que nous ne négligeons pas de profiter de pareilles occasions ? Faisons-nous toujours les meilleurs choix pour les livres, les revues et les journaux que nous lisons ? Ne constatons-nous pas souvent que l'énergie, qui pourrait avoir été dépensée pour l'acquisition d'une connaissance utile, est souvent employée à l'acquisition d'une connaissance qui n'est pas seulement préjudiciable à nous-même mais aussi à la société. En dehors de l'acquisition d'une connaissance utile, nous devons chercher à améliorer nos facultés intellectuelles, telle que la mémoire, l'attention, le jugement, le raisonnement, l'imagination, la perception etc... Mais cela, nous ne devons pas le faire au hasard, mais conformément aux lois psychologiques de sorte que les rapports de ces facultés les unes avec les autres se maintiennent enbonne harmonie. C'est seulement en suivant fidèlement le principe de l'efficacité maximum - c'est à dire le Judo - que nous pouvons obtenir ce résultat d'accroître raisonnablement notre savoir et notre puissance intellectuelle. Je vous parlerai maintenant de l'aspect moral du Judo. Je n'ai pas l'intention de parler de la discipline morale donnée aux élèves dans la salle d'exercices, comme l'observation des règles traditionnelles d'étiquette, le courage, la persévérance, la bienveillance, le respect des autres, l'impartialité et la loyauté qui ont tant d'importance dans les sports athlétiques dans le monde entier.
L'entraînement dans le Judo a une signification morale particulière au Japon, parce que le Judo en même temps que les autres exercices guerriers était pratiqué par nos Samouraïs, qui avaient un code raffiné de l'honneur, dont l'esprit nous a été légué à travers l'enseignement de cet art. A ce sujet, je voudrais vous expliquer comment le principe de l'efficacité maximum nous aide à améliorer la conduite morale. Il arrive qu'un homme soit très excitable et prompt à se mettre en colère pour des raisons insignifiantes. Mais quand il en vient à se rendre compte que le fait "d'être excité" constitue une dépense inutile d'énergie qui ne sert à personne et qui bien souvent fait du mal au sujet, aussi bien qu'aux autres personnes, l'élève de Judo doit éviter une pareille conduite. Il arrive aussi qu'un individu soit découragé par la suite d'une déception, soit triste, n'ait pas de courage au travail. En pareil cas, le Judo conseille de rechercher quelle est la meilleure ressource que l'on peut trouver dans les circonstances données. Si paradoxal que cela puisse paraître, un individu est, de mon point de vue, dans la même position que celui qui se trouve au zénith du succès. Dans l'autre cas, il n'y a qu'une méthode à suivre : à savoir, faire ce qu'il pense être le mieux à ce moment. C'est ainsi que l'enseignement du Judo, peut-on dire, conduit un homme au fond du découragement à un état d'activité énergique avec de brillantes espérances d'avenir.
On peut raisonner de même pour les personnes qui sont dans un état de mécontentement. Les personnes mécontentes sont souvent dans un état d'esprit morose et blâment les autres gens au lieu de s'occuper de leurs propres affaires. L'enseignement du Judo fera comprendre à ces personnes qu'une pareille conduite est contraire au principe de l'efficacité maximum et les amènera à se rendre compte qu'en observant fidèlement ce principe, elles reprendront leur bonne humeur. Voilà comment l'enseignement du Judo peut à bien des égards aider à l'amélioration de l'attitude morale.
Finalement je veux ajouter quelques mots concernant l'aspect émotionnel et esthétique du Judo. Nous connaissons tous la sensation agréable que nous donnent les muscles par l'exercice, et nous éprouvons également du plaisir à obtenir de l'habileté dans l'usage de nos muscles et aussi par le sentiment de supériorité à l'égard des autres dans le combat. Mais en dehors de ces plaisirs, il y en a un qui tient à ce fait que l'on prend des attitudes gracieuse, que l'on accomplit des mouvements qui ont de la grâce et que l'on voit les autres faire de même. Un entraînement donné à cet égard joint au plaisir que l'on peut éprouver à observer différents mouvements qui symbolisent des idées variées, voilà ce qui constitue ce que nous appelons le côté émotionnel et esthétique du Judo.
Je crois que vous avez déjà réussi à voir ce qu'est en réalité le Judo en tant qu'il se distingue du Ju-Jutsu des temps féodaux. Si maintenant, je cherche à énoncer d'une façon concise ce que je vous ai expliqué, je le résumerai de la façon suivante : Le Judo est une étude et un entraînement concernant l'esprit et le corps, aussi bien que la direction individuelle et des affaires. A la suite d'une étude approfondie des différentes méthodes d'attaque et de défense, je suis arrivé à cette conviction que tout cela dépend de l'application d'un principe absolument général qui est le suivant :
"Quelque soit l'objet que l'on a en vue, le meilleur moyen de l'atteindre est d'user de son corps et de son esprit à cette fin qui donne le maximum d'efficacité". Ce même principe appliqué à la culture physique, mentale et morale aussi bien qu'aux manières de vivre et de conduite des affaires constitue l'étude des choses ou l'entraînement dans ces choses. Une fois qu'on a bien compris l'importance réelle de ce principe, il peut être appliqué à tous les aspects de la vie et de l'activité et nous permettre de mener la vie la plus haute et la plus rationnelle. Pour comprendre vraiment ce principe, il n'est pas nécessaire de passer par l'entraînement concernant les méthodes d'attaque et de défense, mais comme je suis arrivé à concevoir cette idée par le moyen de l'entraînement dans ces méthodes, j'ai fait un entraînement pour le développement du corps, un moyen d'atteindre le principe.
Le principe de l'efficacité maximum quand on l'applique en vue de donner la clé de la vie sociale ou de la perfectionner aussi bien que quand on l'applique à la coordination de l'esprit et du corps - dans le sens de l'attaque et de la défense - demande en premier lieu l'ordre et l'harmonie parmi les membres et cela ne peut être obtenu que par l'aide mutuelle et par les concessions qui conduisent à un bien-être et à des bénéfices réciproques.
Le but final du Judo est donc d'inculquer à l'homme une attitude de respect pour le principe de l'efficacité maximum, du bien-être, de la prospérité mutuelle et de le conduire à observer ces principes.

